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Dominique Hutin déguste … le Hautes-Côtes de Nuits Rouge 2009 « Orchis mascula »

Je ne sais pas de quoi « Orchis mascula » est l’anagramme. En revanche, « Claire Naudin », du nom de la génitrice de ce beau rouge bourguignon, nous donne « Adn Culinaire ». Ou, cerise sur le pinot, comment résumer les manières de table d’un Hautes-Côtes de Nuits rouge d’une infinie délicatesse.

En ce début de billet, l’on sait déjà que l’histoire finira bien : au bord de l’assiette, la tête dans les étoiles. Mais puisque l’on mange d’abord avec les yeux, l’interrogation point www.order-mg.com dès l’étiquette. Alors que l’on est bercé par la litanie des cuvées « Prestige », « Tradition » ou « Coralie », qu’est qui nous vaut ici de croiser le verre avec cet énigmatique « Orchis mascula » ?

« in Dico veritas »

Que Pline l’Ancien aille faire banquette au bar du commerce et qu’on oublie son « In vino veritas », l’ultra rebattu « la vérité est dans le vin », cher aux frigides du goulot en mal d’inspiration. S’il fallait vraiment un parrain pour symboliser le travail de Claire Naudin, nous lui préférerions Bernard Pivot, ancêtre convenu et à peine moins chenu que le vieux romain, mais à même de tenir dans le même amour les jeux de la « table », du « vin », des « mots » et des « femmes ». Soit quatre mots-clés pour poser le décor et résumer au mieux comment loger autant d’esprit en 75 centilitres. Préférons-lui « In dico veritas » pour tenir le crachoir et jouer au bonneteau avec le bréviaire du vin.

 
Des chibres et des lettres

Pour décrypter l’énigmatique nom de ce rouge bourguignon, saisissons-nous, en plus d’un verre, d’un dictionnaire qui nous apprend qu’« Orchis mascula » est un « satyrion mâle dont l’éperon épais, horizontal ou ascendant, est aussi long que l’ovaire ». Ou, pour faire moins torride et plus explicite, une espèce d’orchidée terrestre européenne. Ouf ! Nous reste malgré tout un blaze tatoué à la testostérone apposé sur ce que l’univers végétal tient de plus délicat.

 
Un voyage intérieur

Cette « plante de mi-ombre à pleine lumière » est née en cave avant d’être révélée par la transparence du verre. Transparence, là est le mot. Transparence dans l’apparence ; ce pinot-là s’avance tout nu, pâle, sans la robe noire des avocats de la sur-extraction colorée. Transparence dans les pratiques ; avec un choix porté -pour cette cuvée- par le « ni – ni » : pas de SO2 lors de la vinification (le vin « fini » en recevra une dose lors de la mise en bouteille) et pas d’éraflage. Un choix d’autant plus digeste et élégant qu’il joue la carte du naturel sans être bordé par le verbiage dogmatique des ayatollahs du genre.

 
La vigneronne toquée

L’apanage du journaliste étant pour beaucoup de (re)copier, c’est sans vergogne que je pille le carnet de recettes de Claire Naudin qui, avec ou sans toque, a éprouvé les mariages suivants : côte de bœuf nature, gigot « à la cuiller », cabilleau en croûte réglissée, pintade aux reinettes, carpaccio de canard, fromage de Soumaintrain ou de Cîteaux. Pour notre part, nous l’avons marié avec des amis et c’était fort bon. Un plaisir partagé.

 
100 mots, sans maux

Même vide, cette bouteille, sensuelle sur le papier, sensuelle dans le verre, ne nous avait pas tout dit de ses origines et de ses grâces. Pourtant, elles étaient là, toutes étalées sur l’étiquette. Bien qu’il ne manquât pas un mot, la chose évoquait furieusement les ressorts de l’intrigue de « La lettre Volée » d’Edgar Allan Poe : l’évidence nous avait aveuglé. Les lettres pourpres de « Bourgogne » nous provoquaient en un « bourgeon » (on n’en sort pas …) et ne laissait qu’un très libidineux « g », un point c’est tout.

 
Solution des jeux

L’on ne sait si la vigneronne a écrit la légende à la première gorgée du présent ou à l’encre de pinot, mais cette bouteille nous semble sans fond ; une dernière piste nous ramène dans le giron viticole : cette même « Bourgogne » nous fait glisser vers « Gorgone » -nous avons bousculé le latin, haro sur le grec- et reste … « bu ». « Gorgone » + « bu », soit une femme de tempérament et une bouteille de grande « buvaison ».

 

Dégustation

Quelques notes fumées ouvrent le bal.
Le vin pinote raisonnablement et s’affranchit rapidement
de la seule écriture variétale grâce aux touches délicates de fumée,
de rose fanée et d’épices douces.

Bien que joliment fondu, Orchis Mascula ne se livre qu’au prix
d’une respiration dans le verre ou, mieux, d’un carafage d’une ou deux heures.

C’est à ce prix que ce vin franc, sans violence aucune mais grande intensité,
se livre tout en tanins déliés, fruité soyeux et profondeur d’expression.

Prime à l’élégance, à la finesse.

Un vin qui navigue au large de son appellation.

 

Bonus

Je le sais maintenant, « Orchis mascula » est l’anagramme d’un étonnant scenario qui nous envoie vers « crachais », nous laisse interdit devant « moslu » avant de nous rendre « soûl » avec un « M » pour reliquat. Soit déguster un bourgogne en crachant, ne rien y comprendre puis se retrouver ivre. Décidément, j’M cet « Orchis mascula ».

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Vous pouvez déguster ce vin au verre à L’Envie du Sud, 14 place des Carmes 
à Toulouse
 (Tél : 05 62 17 71 96).

Chez Francois Trauque, à L’envie du Sud, on peut certes déguster (32 vins en machine et plus de 400 références) des vins -des petits, des grands, des natures, dont beaucoup… du sud, racines obligent- mais aussi découvrir des pépites gastronomiques avec sa sélection d’olives et de truffes. Carpe diem !
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